Le Front National aux portes du pouvoir dans nos régions, dans notre pays plus tard ?

Par Philippe Masse :

Il me semble important de porter à la connaissance des abonnés de notre site quelques informations sur le programme de ce parti xénophobe, raciste et nationaliste dans sa forme la plus intolérante. De nombreuses études, et quelques articles ont étudié avec soin les propositions faites d’abord par Jean Marie Le Pen, puis reprises par Marine Le Pen, et qui vont sans aucun doute servir de base à la gestion des régions que le FN gagnera, s’il en gagne (mais le risque est très grand). Des études nationales, travaux d’économistes, Terra Nova, ont été décryptés par Mediapart, soit un gros travail de près de 50 pages, dont je vous livre ma synthèse sur 2 pages. De nombreux points ne sont pas abordés, mais ceux qui sont présentés disent bien vers quoi le FN veut emmener le pays. Bonne lecture et bon vote dimanche, pour contrer le FN et la droite, et faire élire notre candidat de la gauche, Nicolas Mayer Rossignol.

  • La «priorité nationale»

L’accès à l’emploi et au logement, et les allocations familiales «aux familles dont un parent au moins est Français ou Européen» (dans le programme de 2007, elles n’étaient réservées qu’aux Français)

  • «Référendum»sur la peine de mort

Le rétablissement de la peine de mort est l’une des mesures «historiques» du FN

  • Revalorisation du budget “défense” et mesures pour les anciens combattants

Pour contenter sa frange dure, Marine Le Pen compte revaloriser le budget de la défense de 3,7 milliards d’euros, et encore davantage celui des anciens combattants de 4,4 milliards d’euros sur 5 ans. Elle propose notamment de construire un deuxième porte-avions

  • «Diversit黫parité» : du «racisme inversé»

Dans la partie «laïcité» de son projet, Marine Le Pen mélange allègrement laïcité, communautarisme, lutte contre la «diversité» et «parité». «Les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels», écrit le FN dans son programme

  • Déremboursement de «l’IVG de confort»

La lutte contre le droit à l’avortement est l’un des chevaux de bataille favoris du FN. Revenir sur la loi Veil «par voie référendaire» ?  Marine Le Pen qualifie le Planning familial de «centre d’incitation à l’avortement» (Marion Maréchal Le Pen veut supprimer les subventions au Planning Familial en PACA, donc le faire mourir)

  • «Politique nataliste»et «femmes au foyer»

La politique familiale de Marine Le Pen (troisième budget le plus important avec 32,4 milliards) est une «politique nataliste», et la femme est réduite à son rôle de mère. Marine Le Pen reprend l’idée du «salaire parental», qu’elle envisage en fait pour «les femmes au foyer»

  • Contre la légalisation de l’euthanasie

Le parti reste vigoureusement opposé à une loi légalisant l’euthanasie

  • «Interdire»les recherches sur l’embryon

Marine Le Pen veut «interdire purement et simplement» les recherches sur l’embryon car «le rôle des responsables politiques, c’est de poser des limites»

  • Mariage et adoption réservés aux couples hétérosexuels

Pas question d’envisager la famille autrement que sous la forme d’un couple hétérosexuel. Pour Marine Le Pen, «la famille doit se fonder exclusivement sur l’union d’un homme et d’une femme et accueillir des enfants nés d’un père et d’une mère». «Pourquoi pas l’autorisation de la polygamie ?», s’est-elle exclamée le 14 juin 2011, sur France Inter

  • La sortie de l’euro

C’est la clé de voûte du programme économique du Front national : le retour au franc, sur la base d’un euro égale un franc. En laissant chuter (de 20%, dit le FN) le franc par rapport à l’euro (ou ce qu’il en resterait ?), on baisse les coûts de fabrication des produits fabriqués en France. On améliore donc la compétitivité de l’industrie, sans toucher aux salaires.

De l’«inflation importée». Marine Le Pen dit que l’euro a fait grimper les prix, et affaibli le pouvoir d’achat des Français. Mais la dévaluation du franc, par rapport à l’euro et au dollar, va faire exploser la facture de beaucoup de biens importés et surtout de l’essence (les barils de pétrole étant libellés en dollar). Loin d’être une bonne opération pour les petits portefeuilles. Inflation en perspective.

La dette française, libellée en euro ? Mécaniquement, en cas de retour au franc, puis de dévaluation, le fardeau de la dette grimperait encore un peu plus, puisque les détenteurs étrangers de la dette française continueraient de réclamer leur montant en euro… Les taux d’intérêt des emprunts français grimperaient.

Selon Terra Nova, qui s’appuie sur des projections de banques privées (UBS), si l’on cumule les coûts de l’inflation, des intérêts de la dette et du retour de la récession, cette sortie de l’euro coûterait 50 milliards d’euros à l’économie française.

  • Payer la dette 

Le FN envisage un plan de rigueur jusqu’à trois fois supérieur à ceux des candidats UMP et PS. 70 milliards d’euros, d’où surgit un chiffre miracle parfaitement fantaisiste : 40 milliards d’économie pour les seules dépenses liées à l’immigration. C’est la planche à billets qui viendrait éponger une large partie de la dette. Et provoquer une inflation galopante et la dévaluation immédiate du Franc Le Pen. C’est aussi un retour à l’époque d’avant 1973, année qui a vu la création du système monétaire européen, et la fin de l’émission de billets par la Banque de France.

  • Un Etat fort mais seul

Coupé de l’Union européenne et en guerre contre ses collectivités locales, présentées comme autant de «féodalités» à remettre au pas. Régions et départements ne pourraient plus prétendre agir au nom de l’intérêt général (suppression de la clause générale de compétences) et verraient leurs dotations réduites. Retour  à la centralisation des pouvoirs. Concernant les fonctionnaires, deux petites phrases. «Dans le cycle de formation des fonctionnaires des trois fonctions publiques, l’accent sera porté sur le sens de l’Etat et le patriotisme.» Et : «L’Ecole Nationale d’Administration (ENA) veillera en particulier à recruter des hauts fonctionnaires patriotes.» Le Front National est aussi pour le retour au septennat.

  • Quelques accents de gauche ?

Le FN promet de traiter le chômage en réindustrialisant le pays, soutenant les PME, réformant la formation professionnelle. Indexation des salaires sur l’inflation, plusieurs modifications fiscales (progressivité de l’impôt, suppression de niches fiscales, hausse des impôts pour les sociétés du Cac 40, TVA majorée sur les produits de luxe), taxation des délocalisations des services, renforcement du petit commerce face à la grande distribution et dans les zones rurales, encadrement des prix du gaz, de l’électricité et des produits de base. Il promet un retour à 40 ans d’annuités pour une retraite à taux plein (contre 41,5 ans aujourd’hui) et un retour «progressif» à l’âge légal à 60 ans. Rien n’est chiffré dans toutes ces propositions.

  • Haro contre les syndicats

Les syndicats de salariés ne sont pas épargnés. Le «monopole de représentativité institué après la Libération sera supprimé».

  • Suppression de l’ISF et instauration d’une TVA sociale déguisée

Sous couvert de simplifier, «d’optimiser et de rendre plus juste» le système fiscal, le FN souhaite aussi supprimer l’ISF et instaurer une «contribution sociale aux importations».

  • Agriculture

«La France abandonnera la PAC au bénéfice de la PAF (Politique agricole française).» Cette politique agricole commune verse aujourd’hui aux agriculteurs français un peu plus de 10 milliards d’euros de subventions. Privée de subventions, l’agriculture serait achevée par la sortie de l’euro, avec un retour au franc accompagné d’une dévaluation de 20%, le retour de droits de douanes et de barrières tarifaires aux frontières.

  • L’Europe

Marine Le Pen reprend les critiques aujourd’hui largement partagées de l’Union européenne : déficit démocratique, limites d’un projet fédéral, politiques néo-libérales, absence de politiques de croissance. Mais elle tient aussi un autre propos : dissolution de l’identité française ; nostalgie d’une souveraineté fantasmée et perdue ; méfiance ou haine de l’étranger ; péril musulman (la Turquie arrive !). Le Front national entend renégocier l’ensemble des traités européens. « Un ministère des Souverainetés coordonnera la renégociation des Traités et la restauration de notre souveraineté nationale dans l’ensemble des domaines où elle a disparu ». Bien sûr, les autres pays n’accepteront en rien cette renégociation, cela signifie qu’une France du FN prendrait seule la décision de sortir de l’Europe. Comment, en combien de temps, au prix de quels conflits ? A quel coût, dans quel chaos juridique, réglementaire et économique ? Ce n’est pas dit.